C.A.N 41

“Un” profil de femme migrante ? Déconstruire les préjugés.


La conférence dernière, d’Adelina Miranda a eu pour principal fil conducteur, la question d’immigration des femmes, et la façon de présenter cette question fondamentalement essentielle. En effet, un des aspects a retenu mon attention. Celui des idées préconçues qui entourent la question du genre, de la femme en migration. 

En effet, dès le 19e siècle, les femmes immigrées sur des distances courtes, afin d’effectuer des travaux communément appelés «travaux reproductifs» (exemple du travail de bonne). Fonction reconnue seulement à partir des années 1970. Cependant, les débats récurrents dans le monde académique et scientifique laissent entendre une «féminisation» des flux migratoires dans la mesure où le taux de femme dans ces derniers aurait augmenté entre les années 80 et 2000 de 46 à 49,8 %. Peut-on réellement donc parler d’une «féminisation» des flux ? La question fait encore débat. Un premier préjugé de déconstruit. Le taux de femme n’a pas subitement et massivement envahi les flux migratoires récents. 

Autre aspect. On a tendance à penser dans le sens commun que les femmes migrantes s’insèrent dans des secteurs dits féminisés et qui sont bien souvent racisés. C’est l’exemple des femmes noires adultes issues de l’immigration africaine qui ne seraient destinées qu’à faire du ménage et de l’aide à domicile. 

Mais la femme en migration possède des profils divers. Les parcours différents, facilité ou difficile. «Les données statistiques pour les pays de l’OCDE montrent que plus d’une migrante diplômée de l’enseignement supérieur sur deux est une femme. Les données désagrégées par région d’origine révèlent que ceci est vrai pour la migration qualifiée en provenance des pays développés (53 %), des pays en développement (51 %), ainsi que de l’Asie et de l’Europe (51 %). Au minimum, les migrantes représentent 44 % de l’émigration qualifiée originaire des autres régions, en l’occurrence de l’Afrique.» (Speranta Dumitru, Marfouk Abdeslam, 2015 : 32).

Les femmes migrantes ne sont pas arrivées seulement dans un contexte de regroupement familial. Les raisons sont aujourd’hui bien diverses : enseignement supérieur, économique, sanitaire, humanitaire. Elles migrent seules souvent pour subvenir aux besoins de leur famille, ce qui a longtemps été considéré comme le rôle de l’homme. Le Breadwinner peut bel et bien être du sexe opposé. 

Enfin, les femmes migrantes qualifiées ou non sont souvent confrontées au racisme et à des difficultés et traitements inégalitaires intersectionnels par le fait d’être : femme, de couleurs, d’origine différente, de religion différente ou encore d’un milieu ou d’une classe sociale défavorisée. Ce qu’Adelina Miranda a exprimé sous «Double triple discrimination». 

Les idées et dires exposés dans cet article sont ceux de l’auteure.

Dorothea Lange, Mère migrante (Migrant Mother), 1936.